S.M.S: Short Message Service dans notre société industrialisée, mondialisée, ou "Sachez-Me Sauver" dans mon monde professionnel... 

Est-il judicieux de répondre à un S.M.S d'un patient lorsqu'on est psychologue ? Le psychologue doit-il sortir de son cadre conventionnel, doit-il s'essayer à travailler, en réponse à un message de toute teneur, sur son téléphone, alors que sa méthode le conduit à intervenir déjà peu, "oralement", lors d'une séance ? Quelle valeur donner à la parole du patient du moment où la séance s'est réalisée et l'échange cantonné, à cet instant-là ? Doit-il appeler l'émetteur ou passer outre jusqu'à la prochaine rencontre... Si celle-ci a bien lieu !... Doit-il considérer cette "parole" comme une alerte ou une tentative d'entrer dans l'intimité du psychologue ? 

-"Je vais pas m'en sortir. Ma vie n'a plus aucun sens, je veux plus tout ça. Je sens que c'est la fin madame (...) , j'ai très peur. on veut encore plus ma mort. J'ai très peur madame, vs mets peut être en danger ss le savoir".

 

IMG_7686 - CopieUn S.M.S parmi tant d'autres de ce type, d'une patiente que je suis depuis deux mois et demi. Un Sachez-Me Sauver que je reçois en semaine comme en week-end. Un samedi à 9h, un dimanche à 17h...Un S.M.S ayant sens avec le discours que tient parfois, la patiente lors de nos rencontres. 

 

Je me demande souvent ce qu'est le mieux à faire pour le patient, pour ma démarche professionnelle, mais aussi pour ma protection en tant que psy et en tant que femme. Nombreux collègues choisissent de ne pas répondre aux S.M.S et de ne pas revenir dessus lors de la prochaine séance; d'autres stimulent le patient pour cela, puis, répondent par écrit ou par rappel à tous moments. Je me souviens d'un collègue qui rappelait sa patiente lui ayant écrit son idée suicidaire en plein milieu de la nuit. Durant cet appel, ils avaient convenu d'une consultation au cabinet pour le lendemain. Celle-ci ne s'y est rendue. Le soir, tard, elle lui a envoyé de nouveau, un S.M.S d'une même portée. Le psychologue l'a rappelée et lui a proposé de passer la voir chez elle dans les minutes à suivre. 

Une frontière n'est-elle pas à établir entre des espaces, des corps, des temps, des locutions ? 

Ce psychologue avait une dizaine d'années de pratique et une vie de famille.

Je gravis ma première année de profession, je vis seule et sans animaux de compagnie, ;-), je suis toujours soucieuse de laisser allumer mon portable même si bien souvent, je frétille d'envie de l'éteindre ou de l'enfouir sous une pile d'habits pour me déconnecter de ce monde de technologies où finalement, l'humain perd toute relation emplie de sens et de proximité avec son semblable.

Le téléphone, l'ordinateur avec Internet, nous conduisent à nous "sentir" plus proche mais la proximité n'est pas le lien ! Et le lien que semble permettre ces technologies peut-il se tendre, se tordre, se nouer, s'empoigner entre un psychologue et un patient ? Je crois qu'un important et efficace travail psychologique demeure au sein d'un cadre (cabinet, ou domicile pour l'émancipation de la profession) composé de deux entités, voire trois, et que ce qui sort de ce cadre, ne relève plus du psychologue mais du sauveur et/ou "tout-sachant" que le patient projette(nt) sur son psy...

Il relèverait donc à l'homme revêtant le costume de psy, de choisir s'il se vêtit aussi, ou pas, de sa cape héroique!...