L'entretien clinique est animé d'éléments transférentiels, à savoir une sorte de transport, de déplacement, alimenté par les attentes, désirs, fantasmes, résistances, idéalisations, projections que manifeste "inconsciemment" le patient vis à vis du cadre et de la position du psychologue. Ces manifestations sous-tendues par des fantasmes, s'originent dans le vécu infantile du patient et se réactualisent dans la rencontre avec le professionnel de l'âme.

Ces fantasmes ont une valence positive ou négative.

Valence positive: Le patient peut investir le psychologue et le porter à une figure parentale, par exemple, mais aussi et surtout à une personne "maître" à qui la confiance est entièrement vouée, à qui le patient veut plaire. Ainsi, durant la séance, son discours se fera volontairement, son envie de (se) comprendre sera fortement activée, son écoute sera très ouverte.

Le risque sous une telle musicalité est que le patient se complaise dans sa position et devienne emporté par son envie de plaire au psychologue qu'il apprécie, il arrive donc ainsi, que celui-ci "joue", ou choisisse ses propos, pour ne pas se sentir jugé ou paraitre désagréable aux yeux du psychologue.

La valence négative dans le transfert:

A l'opposé de la valence positive, les modalités tranférentielles sont colmatées de méfiance, de colère, de déception, de haine, d'une remise en cause des compétences du clinicien. Le fantasme est bien souvent celui d'un professionnel intrusif, malveillant, non intéressé par ce que lui évoque la patient,... Face à cela le psychologue doit savoir d'autant plus se remettre en question, et amener aussi, le patient à se remettre en question afin de travailler ses sentiments négatifs et donner une autre teneur à la séance qui permettra alors, si cela est réussi, que le patient cesse de projeter ses douleurs, frustrations, sa détresse, sur un cadre psychologique et/ou sur le praticien.

Voyez-vous donc, le psychologue n'a pas de baguette magique, il fait avec la magie présente en chaque sujet. Je dis souvent cela aux patients qui semblent attendre que je les effleure d'une réponse, d'une tiers personne et que leur dépose au creux de leurs mains ou au sein de leur psychisme, une réussite d'un mieux-être ou bien-être... Or, je ne peux toucher corporellement le patient (si ce n'est en lui serrant la main) et de surcroit, je n'ai rien dans mes mains à leur attribuer... Je peux seulement les toucher par ma parole, ma présence, en plein coeur, ou pleine raison et activer avec eux, leur quête.

Lorsque je rappelle à certains "Je n'ai pas de baguette magique à secouer au dessus de votre tête, j'ai seulement notre travail pour vous accompagner dans votre trouvaille, vous seul, savez et vous seul, avez les clef", je les vois me regarder surpris mais à la fois soulagés. Soulagés de quoi? Soulagés de mon honnêteté, de ma non maîtr-ise de leur Vie, soulagés de se rappeler ou d'apprendre, qu'ils restent propriétaire de leur Vie, surpris d'entendre par un psychologue "tout sachant" (comme ils se le représentent) qu'ils n'ont pas "tout perdu" comme ils finissent par me le dire. Non, "Rien est perdu/Rien ne s'oublie" (l'une des deux phrases, selon la problématique, selon l'échange), ou, dit à la façon d'un patient: - "Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme"...

J'eu envie de répondre à ce patient usant fréquemment de notre richesse de langue, à travers l'humour, ses jeux de mot, ses citations poétique, philosophique, politique, que cette maxime si promptement énoncée par le plus grand nombre, comporte l'explication de son mal-être et du malaise de notre société!... Rien ne sert d'aller trop vite... Importe d'être sur la ligne du départ et de s'élancer en toute mesure pour que "le moins" et "le plus" ne nous marginalisent pas et tendent à notre équilibre.

Sans même faire part à notre propre magie, il suffit simplement d'éveiller toute notre conscience pour comprendre certains états d'âme qui nous perturbent. "Tout se transforme"... 

 

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